>> Nous commémorons en 2010 le bicentenaire de la naissance de deux des plus grands compositeurs du XIXe siècle: Robert Schumann et Frédéric Chopin.
Chopin est né, comme on le sait, en Pologne, à Zelazowa-Wola, le 22 février 1810, d’un père français et d’une mère polonaise. Très tôt, voyant celle-ci au piano, il se passionne pour cet instrument au point qu’il lui consacrera sa vie. Non seulement il prend des leçons de piano, mais, enfant prodige, il s’essaie très vite à l’improvisation puis à la composition. Dès 1817, une polonaise en sol mineur est éditée. Les critiques sont élogieuses et Chopin ne tarde pas à connaître la célébrité.
Dès qu’il peut, il entreprend des voyages: il se rend à Berlin où il croise Mendelssohn, puis à Vienne en 1829. Le concert qu’il y donne le 11 août de cette année-là obtient un succès retentissant. En 1831, la répression de l’insurrection polonaise contre les Russes l’oblige à quitter définitivement la Pologne, pays auquel il restera néanmoins très attaché jusqu’à la fin de ses jours. A Paris, il fait la connaissance de nombreuses personnalités, en particulier de Liszt. Son premier concert parisien, en 1832, est un triomphe. Sa renommée est telle qu’on se bouscule afin d’être admis parmi ses élèves.
Mais Chopin n’apprécie que fort peu les concerts, d’autant plus que sa santé se dégrade. Il préfère se produire devant un public restreint. En 1836, chez Liszt, il est présenté à George Sand avec qui il vivra une liaison d’une dizaine d’années. Il compose pendant ces années-là nombre de ses chefs d’œuvre. Malheureusement, la tuberculose gagne du terrain, son état ne cesse d’empirer et il meurt, à Paris, le 17 octobre 1849.
Après ce résumé fort bref de la vie du grand compositeur, je voudrais simplement inviter à écouter ou à réécouter Chopin d’une oreille neuve, en oubliant autant qu’il est possible les poncifs et les stéréotypes qu’on attribue généralement à ce musicien. Certes les clichés de l’artiste solitaire et souffreteux, du musicien de salon, de l’homme tourmenté ne sont pas entièrement faux, mais ils ont le tort de ne nous faire entrevoir qu’une parcelle de vérité. Ne réduisons pas Chopin à ces quelques clichés!
Les meilleurs interprètes de Chopin sont ceux qui ne cèdent pas trop à la virtuosité. Contrairement à son ami Liszt, Chopin n’était pas un virtuose, d’où son peu de goût pour les grands concerts. Sa musique n’est pas tant faite pour briller que pour parler au cœur, elle doit être interprétée comme sur le ton de la confidence. En cela, Chopin se démarque de la plupart des musiciens de sa génération. D’ailleurs, il admirait davantage les maîtres du passé, Bach et Mozart, que ses contemporains, Beethoven ou Schubert. Le langage musical de Chopin peut paraître simple, mais ne nous y trompons pas: on sait bien qu’il n’y a rien de plus difficile que de donner l’apparence de la simplicité. C’est peut-être pour cette raison précisément, parce que ce langage, qui emprunte largement au folklore polonais, paraît simple, que cette musique, aujourd’hui encore, va droit au cœur de l’auditeur.
"Arriver chez soi" de Gilles Vigneault
par Luc Schweitzer
Le battage médiatique orchestré autour de la mort de Mickaël Jackson a failli nous donner des maux de tête. Heureusement, il y a d’autres événements qui, même s’ils n’intéressent guère les médias, nous procurent de grandes joies. Savez-vous, par exemple, qu’à 81 ans, Gilles Vigneault vient de nous donner son trentième album? Eh oui, le chantre du Québec, qui nous a tant enthousiasmés déjà, non seulement nous livre ses treize nouvelles chansons, mais entame une tournée de concerts. Les poètes prennent-ils jamais leur retraite? Il faut croire que non…
Treize chansons donc (et un prologue), dans lesquelles on retrouve des thèmes chers au cœur de ce grand artiste, de cet amoureux de la langue française. Ainsi chante-t-il à nouveau son pays, en évoquant ici son village de Natashquan. Ainsi fait-il encore le portrait de gens simples: Lucas l’écolo ("un paysan qui respectait la terre") et Jack Tattoo, portrait d’un vagabond qui fait écho à "La Ballade d’un sans-abri", une belle chanson que l’on trouve sur l’album précédent de l’artiste.
Mais Gilles Vigneault interroge aussi notre monde, notre modernité si l’on veut, nos travers d’hommes du XXIe siècle, nos oreilles collées aux portables, nos yeux rivés sur des écrans. Il chante "une journée sans portable, sans télé, sans répondeur…", il s’inquiète de nos manies d’internaute.
Il me semble que l’on peut résumer toute l’œuvre de Gilles Vigneault avec ces deux simples mots: le mot "pays" bien sûr, mais aussi le mot "amour". Quand il chante le pays, on peut certes penser au Québec, mais on peut tout autant songer à son propre pays, au pays qui est le nôtre et à notre pays intérieur, celui où règne peut-être le mot "amour". "Avec trois mots d’amour en tête, nous dit Gilles Vigneault, voyez la moindre chansonnette qui fait le tour de la planète".