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CHEMIN DE CROIX (CHILI)
"VIA CRUCIS DU PAUVRE" >> La tradition du Chemin de Croix (Via Crucis ) remonte au 15ème siècle. Les chrétiens, qui ne peuvent se rendre sur les lieux saints à Jérusalem, font mémoire de la Passion, de la mort et de la Résurrection de Jésus grâce à des représentations placées dans les églises, les calvaires… Parcourir un Chemin de Croix, c'est évoquer les derniers moments douloureux de la vie de Jésus, lire l'Évangile, prier et méditer. C'est s'arrêter un temps, marquer des stations, où le silence indispensable dit Dieu. Participer à un Chemin de Croix, c'est une façon de suivre ce Jésus qui va jusqu'au bout de l'amour. ssccpicpus.fr propose un Chemin de Croix écrit par le Père Esteban Gumucio , de la Congrégation des Sacrés-Cœurs, aujourd'hui décédé. Il a été écrit avant 1989, dans un contexte historique difficile, celui de la dictature. Dans ce Chemin de Croix, Esteban montre comment Dieu fait homme à assumer jusqu'au bout notre condition à travers la figure du Pauvre, des pauvres: "Aux yeux des hommes sans foi, ils apparaissent comme vaincus; mais ils sont la victoire de l’humanité. Sans ce pauvre cloué sur sa croix, nous serions incapables de lui donner tout son sens au Jésus de Nazareth crucifié." Via Crucis du Pauvre, d'Esteban Gumucio, ss.cc à télécharger en format PDF. (reproduction interdite - illustrations evangile-et-peintures.org)
PREMIERE STATION Jésus est condamné à mort
Le Pauvre se trouvait en face de tous les pilates. Les pilates lui demandèrent:"C’est quoi la pauvreté?" Le Pauvre ne sut pas la définir. Il avait des mains de pauvre, un silence de pauvre, et un regard de pauvre, le même depuis des siècles, innocent et endolori par la faim. Les pilates se lavèrent les mains. L’eau dans le lavabo des pilates se changeait en or,"en or menacé" , disaient-ils...."Il faut sauver notre or!" criaient les courtisans..."Si tu ne condamnes pas le Pauvre, tu n’es pas un ami de César." Les pilates appelèrent leur ministre des finances:"C'est bien, dit le ministre, crucifiez-le pour que le dollar ne baisse pas... Et vous, enrichissez-vous!".
DEUXIEME STATION Jésus est chargé de sa croix
Depuis le jour de sa naissance, la Croix était préparée. Pourtant, quand le Pauvre naquit, son père, qui était pauvre lui-aussi, avait dit:"Pour élever cet autre enfant, Dieu ne nous manquera jamais." Dieu ne manqua pas, et, jamais ne manquera; mais en revanche, le toit, le pain et les vêtements, oui. La mère porta la croix à l’hôpital très souvent. Elle s'y rendait enveloppée de l’unique couverture. Elle y allait avec la croix dans le ventre gonflé pour chercher la caisse de lait bon marché qu’ils lui donnaient une fois par mois... Et la croix était écrite sur plusieurs papiers et certificats qui accompagnaient les longues attentes des pauvres lorsque la vie va naître... L’enfant naquit. Dans la ruelle, sa croix se joignait avec tant d’autres croix que cela ressemblait à un cimetière d’enfants. Alors, l’enfant grandit comme il put, jusqu’au jour où il eut la force de la lever et de la charger sur ses épaules.
TROISIEME STATION Jésus tombe pour la première fois
Le Pauvre tomba sous le poids de la croix. Ils le poussaient pour qu'il tombe. Lui, il ne voulait pas tomber. Ils l’obligeaient à charger la croix. Lui, il ne voyait pas pourquoi il devait la porter. Alors ils dirent de lui qu’il était subversif et séditieux. Ils criaient:"Aux Pauvres, ils leurs conviennent d’être pauvres!... L’ordre est ainsi. Baissons-les leurs salaires! Etablissons un salaire minimum qui ne leurs permette pas de vivre. Alors, ils devront charger la croix même s’ils n’aiment pas cela, et devront la porter péniblement... C’est comme ça la loi de l’offre et de la demande…!" Dieu n’a pas voulu que le Pauvre soit pauvre. Lui, il n’était-il pas dans le plan du Dieu de la vie... Mais, le Pauvre dut prendre sa croix pour avoir le droit de marcher, même s'il fût à moitié crucifié.
QUATRIEME STATION La Mère rencontre son Fils
La douleur de la mère est grande comme un océan. Elle gardait en son cœur toutes les illusions: comment le fils pourrait-il être mieux qu’eux..."Quand Dieu tarde, c’est qu’il vient ensuite, fils. La justice des hommes faillira, mais pas la justice de Dieu". La mère du pauvre croit en la force de la vérité. Elle sait qu’un jour ces croix deviendront flambeaux. Pendant ce temps, le Pauvre marchait dans les rues avec beaucoup d’autres innombrables, pauvres comme lui. Dieu les regardait en silence. Eux, ils le regardaient en silence... Et, des deux côtés de la Via Crucis, naissait du silence une rumeur qui allait se convertir en cri. La rumeur et le cri de tant de croix deviendront tempête. Le cri souffrant des peuples brisera la clef de voûte des puissants... Entre-temps, le Pauvre marchait, sous les yeux de sa mère. Il marchait avec sa croix de plusieurs siècles.
CINQUIEME STATION Le Cyrénéen aide à porter la croix
Au Cyrénéen, il lui en coûte de regarder et de croire qu’il existe de la misère et que la misère est terrible. Au Cyrénéen, le cœur ne lui manque pas. Il lui manque de l’audace pour ouvrir ses yeux. Maintenant, il les a ouverts. Tout d’abord, il quitte sa tunique. Il a honte de ne pas avoir vu son frère. Après, il apprend à reconnaître que ses épaules sont pareilles à celles de l’homme tombé... Le Cyrénéen s’inclina (il n’était pas habitué à le faire) et prit la part du bois qui lui correspondait. Depuis lors, son pain et son porte-monnaie se sont transformés en participation, en solidarité, en partage, en fraternité. Le Cyrénéen partit chercher son cousin Zachée pour apprendre de lui comment rendre le "volé" et partager ce qu'il a en propre.
SIXIEME STATION Les saintes femmes essuient son visage
Madame Véronique parcourut toutes les prisons et les commissariats, cherchant son fils. Ils lui répondaient qu’il avait disparu. Madame Véronique, avec d’autres femmes, alla demander au gouverneur Ponce Pilates qu’il les laisse voir le visage de leurs fils ou celui de leurs maris. Mais, les corps n’étaient pas au Palais du Prétoire, ni à l’institut médico-légal. Ils n’étaient pas non plus à la police scientifique, ni au Centre National d’Intelligence. Elles continuèrent de chercher les croix du Nord au Sud, parcourant le désert avec l’espérance de rencontrer leurs os. Madame Véronique disait:"Je ne souhaite qu’aucune mère souffre ce que j’ai souffert..." Comme toujours, au moment d’arriver dans sa maison, avec ses pieds enflés par tant de trottoirs et de bus, elle contemplait avec des baisers et des pleurs le visage torturé de son fils qui se laissait deviner sur la photographie quand il fit sa Première Communion.
SEPTIEME STATION Deuxième chute
La deuxième chute vient en hiver, quand les fils du chômeur tombent à cause de la grippe et de la dénutrition. L’argent, que l’on obtient grâce à la vente des fourchettes inutiles, il faut le dépenser pour acheter la pénicilline et ces pilules roses que l’on donnait avant dans les centres médicaux. Le docteur dit que l’enfant aurait dû suivre un régime de sur-alimentation afin que la tuberculose ne l’atteigne pas..."Et comment, dis-je?" Lui et elle marchent avec courage dans la glaise, secouant les grosses gouttes de pluie, pour obtenir un demi-litre de paraffine. A la sortie du Temple de Jérusalem, les pharisiens disaient:"Ils ne travaillent pas, de purs fainéants! Crucifiez-les!"
HUITIEME STATION Pleurez sur vos péchés
Les dames furent surprises quand Il les appela "Filles de Jérusalem". Elles marchaient chargées de douleurs et d’espérances, avec la force de leur défi devant l’adversité. Pour pleurer, il faut le faire en cachette, c’est mieux, et s’essuyer les larmes avec un bout de blouse… afin que les enfants ne les voient pas... Et, il faut sortir chercher un petit travail pour la journée, ni logées, ni nourries, ou pour faire un peu de couture, comme celle que l’on demande de faire à la maison pour 110 ou 200 pesos tout au plus, juste pour la dépense des yeux. Elles vivent et prennent compassion de Jésus-Christ, compatissant avec lui, sur ce long chemin de pauvreté emprunté tous les jours. Mais, les femmes vont ensembles et traversent, sereines, les files de soldats.
NEUVIEME STATION Troisième chute
Il paraîtrait que le Seigneur voudrait l'écraser avec la souffrance. L’homme pauvre est encerclé de tous côtés, et n'a pas de sortie. Pour qu’il puisse posséder une maison, ils lui ont mis des chaînes de trente ou vingt ans de délais et de contrats avec la compagnie d’électricité pour avoir la lumière électrique et la payer par échéances. Ils menacent le pauvre de confiscations et de saisies s’il ne pas paie pas ses échéances alignées sur l’inflation. Il faut qu’il tombe pour la troisième fois. Il continuera de tomber jusqu’à la dixième ou vingtième génération, jusqu’à ce que le plus jeune de ses petits-enfants ait payé la dernière échéance au Service National du Logement à la sueur de son front et celle du plus jeune de ses arrières petits-enfants jusqu’à ce qu’ils voient des jours meilleurs.
DIXIEME STATION Jésus est dépouillé de ses vêtements
Il y a des pauvres appauvris qui changent de linceul plusieurs fois dans la vie. Il y a des pauvres nus de tout droit. Ils se répartissent ses vêtements, discrètement, sous la protection des lois. Dépourvus de toute justice, ils sont là, nus, à la porte du Palais des Tribunaux. Il n’y a même pas une lueur d'espoir légale pour couvrir leurs hontes. Un agent du Centre National d’Intelligence les interrogea; mais il n’existe pas de torture tant que son existence à elle n'est pas prouvée devant la loi. Le Pauvre était nu, quand, cloué aux poignets, il s’évanouit de douleur."La confession du torturé est une preuve suffisante pour le crucifier juridiquement", dit un Juge de la Cour. Maintenant, le Pauvre sort nu. Il porte comme pagne une sentence d'accusation, sans recourt de protection, sans appel. L’homme mis à nu marche entre deux files de juges vers le sommet du mont Calvaire. Les juges firent mettre un écriteau en haut de toutes les croix injustes:"La Justice est passée par ici".
ONZIEME STATION Jésus est cloué sur la croix
C’est si simple de crucifier le Pauvre. Dis-lui que tu ne peux pas le payer plus; qu’il y en a beaucoup d’autres qui souhaiteraient pouvoir travailler. Dis-lui qu’il revienne un autre jour. Dis-lui que la nation a besoin du sacrifice des pauvres pour que l’économie nationale des riches garde sa stabilité. Dis-lui: Qu’est-ce qu’il a cru? Il ne manquerait plus que ça! Les choses ne peuvent pas être meilleures!... Dis-lui que l’important c’est le marché libre, et que, après, quand le vase du riche sera rempli, il débordera en abondance sur les pauvres. Dis-lui d'attendre! C’est aussi simple que de clouer une poutre horizontale sur une autre verticale. Mais notre Seigneur Jésus-Christ est en chacun de ses pauvres, cloué aux mains et aux pieds, entre ciel et terre... Du haut de toutes les croix, s’écoute une voix:"Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font".
DOUZIEMESTATION Jésus meurt sur la croix
Nul n’a plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis. Les vrais pauvres soutiennent le monde avec leur amour. Aux yeux des hommes sans foi, ils apparaissent comme vaincus; mais ils sont la victoire de l’humanité. Sans ce pauvre cloué sur sa croix, nous serions incapables de lui donner tout son sens au Jésus de Nazareth crucifié. Ce qui fait un homme, ce n'est pas ce qui brille du pouvoir ou de la richesse. Ce qui fait un cœur humain, ce n’est pas non plus le triomphe de l'efficience ou du plaisir. Dans la croix et dans un cri déchirant est l'essentiel, parce que l’amour n’est pas aimé. Au soir de chaque siècle, de chaque année et de chaque jour, la terre se remplit de tristesse avec la plainte du Pauvre:"J’ai soif!". C’est l’appel de Dieu pour que l’homme se fasse homme, en se faisant frère.
TREIZIEME STATION Jésus est détaché de la croix
Tous nous pouvons faire quelque chose. Mais seuls les pauvres eux-mêmes peuvent descendre des croix de tous les temps. Seuls eux peuvent empêcher qu’ils les clouent aux mains et aux pieds. Seuls eux, les pauvres, peuvent faire qu’il n’y ait plus de soldats qui transpercent avec leurs lances le côté du peuple. Seuls eux peuvent faire que le monde ait un seul calvaire avec une seule croix qui rappelle la victoire de Jésus-Christ. A toi, Joseph d'Arimathie, et tous ceux qui ont un cœur de pauvre, nous vous demandons, avec un profond respect, de détacher les clous, de le libérer de ses attaches, de réconcilier la justice.
QUATORZIEME STATION Jésus est mis au tombeau et est ressuscité
Pauvres du monde, votre vie est cachée en Dieu. Pilates et les siens vous voient ensevelis, mais vous êtes vivants. Jésus-Christ est ressuscité! Que fleurissent les champs pour les paysans qui les travaillent! Et que les mapuches chantent en leur langue la récupération de la terre de leurs ancêtres! Et que chaque pauvre lève sa tête et regarde le Seigneur!... Il est mort pour tous, afin que tous aient la vie. Jésus-Christ est ressuscité! Il va de part le monde joignant les mains de tous les pauvres! Et rompre les chaînes! Amen.
PRIERE DE CAREME 2010
Chaque année qui passe, tu nous rencontres, Seigneur, en train de recommencer notre nécessaire Carême. Chaque année, tu nous retrouves en train de parcourir différents chemins et à différentes étapes de notre vie. Parfois, nous la voyons grise, endormie, dépourvue de sens; et tout d'un coup, toi, tu viens nous réveiller et secouer notre apathie."Ce sont des jours du Salut": "Voici que je suis ici à la porte de ton cœur et je frappe…" Tu nous appelles Seigneur, or nous sommes découragés. Envoie-nous ton Esprit, qu'il nous pousse jusqu'au silence de notre Vérité. Tu nous appelles Seigneur, or nos chaînes nous empêchent d'ouvrir la porte. Viens rompre nos liens et mettre en nous un cœur sincère. Tu nous appelles Seigneur, tu nous parles depuis l'autre côté de la porte: tu nous demandes du pain à travers la voix cassée de notre frère pauvre; tu nous demandes de l'accueil pour notre frère sans-abri; tu nous demandes de partager notre cœur avec le frère en solitude; tu nous demandes de t'écouter dans les pleurs de notre peuple. Donne-nous aujourd'hui de vivre ce carême avec toi et avec l'Église, pour que la conversion soit vraie; pour qu'au moment de regarder à nouveau vers toi, nous puissions regarder nos frères dans la vérité; pour qu'en allant de nouveau vers toi, nous commencions à marcher en empruntant le chemin de tout notre peuple; enseigne-nous à donner ce qui est fondamentale et à ne pas nous contenter d'offrir le superflu. Aide-nous à être fraternel, non seulement avec nos amis mais aussi avec ceux qui pensent différemment ou qui sont nos ennemis. Seigneur, qu'en marchant avec toi dans cette montée vers ta Pâque, nous puissions avec toute l'Église nous convertir en serviteurs du monde par le témoignage de notre vie. Amen.® Père Esteban Gumucio, ss.cc █ █ Découvrez la figure d'Esteban Gumucio sur notre site web █ dans la rubrique "Figures Picpuciennes"