Prêtre depuis 30 ans

Christian Malrieu

Une de mes tantes qui est religieuse m’avait dit un jour : « La vocation à la vie religieuse, si elle est en nous, tant qu’on n’y a pas répondu on ne peut pas se sentir vraiment libre. » A l’époque je n’avais pas encore ressenti le désir de la vie religieuse, mais cette phrase m’avait marquée.

Comme il a été souligné dans le premier numéro de ACP, la liberté c’est choisir. Or nos choix ne sont vraiment les nôtres que dans la mesure où ils sont guidés par notre intérieur. Sur mon chemin vers la la vie religieuse, j’identifie un évènement qui m’a mis en route : au retour d’un pèlerinage, la phrase « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6) s’était mise à raisonner en moi d’une manière particulière ; je la traduisais, dans la bouche du Christ, par « Je suis le bonheur authentique », et d’un coup elle m’a libéré intérieurement des modèles de personnes qui jusqu’à ce jour faisaient référence pour moi, et en quelque sorte conditionnaient la manière dont j’envisageais l’avenir. Pour la première fois le Christ me parlait explicitement, à moi en particulier. Par la suite, je me suis fié aux petits signes du quotidien qui venaient susciter en moi une liberté semblable et me chuchotaient qu’une vie consacrée au service dans l’Eglise pouvait remplir de sens mon existence.

En faisant le premier pas dans la vie religieuse, je n’ai pas eu le sentiment de prendre un risque. Après neuf années d’expérience professionnelle, prendre une année de congé sans solde n’est pas si rare. En fait le seul risque que j’ai pris, c’était de sortir du confort où mon questionnement vocationnel restait caché, pour le laisser apparaître au grand jour. Finalement j’y ai surtout gagné ma liberté. La vérité vous rendra libres (Jn 8, 32). Sur le chemin de discernement que nous offrent les années de postulat puis de noviciat, je n’ai jamais ressenti la moindre entrave à ma liberté. Certes la vie communautaire comporte des exigences, mais il s’agit justement de vérifier qu’elle peut nous faire grandir spirituellement plutôt que de nous étouffer. Le but de la congrégation n’est pas de recruter, mais de proposer à certains d’expérimenter un chemin qu’ils pensent être probablement celui qui les fera devenir ce qu’ils sont déjà au fond d’eux-mêmes.